Lorsque l'on fait un pull , il est très rare qu'on le dessine . On peut faire un croquis sur un papier mais on va plutôt écrire le modèle plutôt que de le dessiner . On va écrire le fil que l'on a choisi, la machine qu'on va utiliser, la taille des aiguilles , le point de tricotage , le serrage que l'on veut et la forme du pull … Soit on va partir d'un modèle que l'on a vu quelque part , qui nous inspire . Soit on part d'un fil qui nous inspire le modèle à faire . On fait énormément confiance et on compte beaucoup sur les filateurs avec qui nous travaillons, car très souvent en découvrant leurs fils, l'idée du pull à réaliser arrivent . Donc soit on a un modèle en tête et on cherche le fil pour le réaliser, soit on a trouvé le fil et on pense à comment le tricoter pour faire un beau pull . Une fois que le modèle est écrit , que l'on a fait le croquis, mais surtout que l'on sait où l'on veut aller , on se dirige vers le programmateur.

 

Le programmateur est celui qui va se faire monter les aiguilles de manière à ce que le fil se croise et se transforme en panneaux. Les panneaux de dos, de devant et de manches. Le pull va descendre ainsi de la machine, les devants, puis les dos, puis les manches. En fait, il va tout simplement programmer à l'aide d'un ordinateur bien technique, le modèle qu'on souhaite en fonction de la machine à utiliser, de l'aiguille choisie, du point de tricotage désiré et tous les différents réglages … il fera le modèle. Une fois le programme créé et installé dans la machine , il va falloir faire plusieurs réglages de tricotages par rapport au fil . En effet le modèle ne sortira pas fini du premier coup, même avec des années d'expérience il va falloir s'y reprendre à plusieurs fois pour que les dimensions de ce qu'on va tricoter soient corrigées.

Le réglage de la machine peut prendre plusieurs heures et parfois même plusieurs jours . Chaque panneau que nous tricotons sera ensuite lavé , repassé et foulonné pour pouvoir atteindre ses dimensions finales. Par rapport à la matière que nous allons utiliser, de la façon dont le fil a été fabriqué et même par rapport au réglage de notre tricotage, le passage du lavage et foulonnage va modifier les dimensions du panneau et encore une fois c'est tout un réglage .
Et oui c'est compliqué de faire un pull  !

Et pourtant , ce n'est pas fini

On est parti du modèle, on a parlé de sa conception, puis de sa programmation à l’ordinateur, de ses réglages sur la machine, et maintenant on va parler de la suite.

Une fois les panneaux tricotés sur la machine, nous allons passer à l’étape du lavage et du foulonnage. Ces deux étapes interviennent des que nous utilisons des fils composés au moins à 50% de matières naturelles. A vrai dire, ces étapes peuvent être apportées à tous  les pulls en fonction du résultat que l’on souhaite avoir , et aussi du temps que nous souhaitons consacrer à sa production, nous allons ou non utiliser ces deux étapes d’ennoblissement.

Le lavage va permettre de faire rentrer le fil sur lui-même, de le fixer mais aussi de le préparer au foulonnage il gagnera en gonflant et en douceur. Et surtout ces deux étapes permettent de fixer le pull et donc de lui donner une plus longue durée de vie dans le temps. Car lorsque les panneaux sont lavés dans nos machines industrielles, ils le sont avec des programmes très spéciaux, où la température se règle au degré près ainsi que la durée du temps de lavage.

Chaque matière a des programmes de prédilection, lorsqu’on lave du coton ou de la laine , le programme sera différent. Idem pour le résultat souhaité. Lorsqu’on lave un pull qui se veut aéré en mohair par exemple, on va utiliser un programme diffèrent que si on lave un panneau tricoté en laine mérinos. Le mohair on va vouloir surtout faire sortir le poil et donc ne pas le faire rentrer trop sur lui-même donc peu de chaleur et de vitesse dans les tours. Alors que la laine mérinos on va vouloir qu’elle rentre plus afin de rendre les panneaux plus robustes et donc plus de chaleur et à une vitesse supérieur.

 

On peut aussi ajouter des produits à ce moment pour gagner en douceur ou en solidité mais on ne le fait pas ou très peu.

Le foulonnagec’est comme un gros sèche-linge, qui fait tourner les panneaux à différentes vitesses dans son tambour pour faire cogner les parois et faire sortir le poil du panneau. Au même moment, il y’a un souffle de chaleur qui est dégagé afin de faire sécher la pièce. Plus les panneaux tapent contre les parois du tambour à forte vitesse, plus les poils sortent, et la chaleur fera sécher la pièce. 
Ces deux étapes vont de paires et sont vraiment importantes lorsqu’on utilise des fils réaliser en majorité avec des matières naturelles. Les panneaux avant et après n’ont rien à voir, leur aspect et leur touché surtout sont très différents. Pour ceux qui ont visité l’atelier ou le visiterons prochainement, vous pouvez confirmer.

 

Bon je pense que ça suffit pour aujourd'hui, sur fera donc une troisième partie, avec l'assemblage. La phase finale , car pour l'instant, ce que nous avons n'est toujours pas portable.

On est presque arrivé à la fin . Et pourtant, la tâche qui reste à réaliser est l'une des plus importantes dans la fabrication du produit … Le montage ou l'assemblage .
C'est à cette étape que toutes les parties tricotées , que l'on appelle les panneaux , vont être assemblées . En effet, à l'aide d'une machine à coudre comme vous pouvez avoir chez vous, que vous avez pu trouver chez Boulanger ou Darty , nous allons assembler le dos, avec le devant, le col et les manches, et c'est incroyable. Bon les machines à coudre que nous utilisons sont un peu différentes . En général elles sont montées sur une grosse table en bois, et ont 2 ou 3 points de réglages en plus que les machines pour les particuliers. Les marques varient : Juky, Rimoldi, Singer bien sûr, et beaucoup d'autres. Il y a des surjeteuses , des surjeteuses plaques , des remailleuses , des cuvettes  … Il y a plusieurs manières d'assembler un pull, en fonction de la manière dont il est tricoté notamment.
Si le pull est tricoté entièrement en diminué , on dira aussi diminution, nous n’aurons pas besoin de couper la pièce, et il pourra donc être assemblé directement de bord à bord avec une machine cuvette qui fera passer un fil sur chaque bord afin d’avoir un assemblage très pur, sans coupure.

 
Mais on peut aussi utiliser une surjeteuse (une autre machine pour l’assemblage), utilisée surtout pour assembler des t-shirts, des chemises, des jeans … et on assemblera les deux parties entre elles. Suivant la technique et les fils utilisés, on peut soit rendre les coutures plus solides, soit leur donner une fantaisie (une couleur différente par exemple).
Nous allons démarrer par les épaules, en assemblant le dos avec le devant. Puis on pose le col, puis on assemble les côtés de la pièce, et enfin on assemble les manches.
Il existe aussi le remaillage, c’est l’assemblage le plus pur et le plus long. En général c’est surtout pour les cols et les emmanchures, mais c’est très long, cela se fait aiguille par aiguille, maille par maille.
Chez Tricots Jean Marc, on privilégie plutôt le surjet. Cela nous arrive de remailler certaines pièces, au col notamment mais il faut que ce montage apporte vraiment quelque chose au produit (en fonction de sa forme et du coût du fil). Car on met en général 4 fois plus de temps avec cette technique. Et comme en France (coût horaire élevé) on fait attention au temps passé sur une pièce … on remaille rarement ou alors lorsque l’on fait du très haut de gamme.

Nos pulls sont majoritairement assemblés avec une machine surjeteuse . Nous allons régler son serrage en fonction de l'épaisseur du panneau tricoté, mais aussi des fils que nous avons utilisé pour faire notre pull.
Dans cette étape, ce qui nous importe le plus c'est de garder la forme désirée du produit. Garder de la souplesse dans la couture car nous ne voulons pas que nos coutures figent ou bloquent la pièce. Que notre couture soit très puissante (d'où le réglage de la surjeteuse et le choix du fil de montage à utiliser) .
C'est une étape très importante qui demande beaucoup de concentration de la part de la personne qui va assembler les panneaux entre eux. Cette tâche peut prendre 20 minutes pour un pull simple, jusqu'à plus du quintuple pour un gilet compliqué.
 
Après cette étape pendant laquelle d'ailleurs nous cousons l'étiquette de la marque au col, l'étiquette de composition à l'intérieur de la pièce et même la puce de la taille. Nous allons donner un dernier repassage au pull afin d' aplatir les coutures et de donner la forme finale au pull afin qu'il soit prêt à être porté.

Voilà, je pense que vous en savez un peu plus même si nous avons décidé de ne pas révéler tous nos secrets de fabrication . Des techniques que nous avons pu élaborer au cours des 50 dernières années . Des techniques partagées avec d'autres tricoteurs de Clamart qui malheureusement n'existent plus aujourd'hui mais qui ont marqué l'histoire de cette ville , où nous sommes toujours aujourd'hui .
 
On espère que cet article vous a plus. D'autres articles seront publiés très prochainement , sur la fabrication , l'histoire, les pulls en général .

 

 

par Melik Baratian

Effectuez une recherche